De plus en plus, volontairement ou non, les familles se retrouvent sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, les parents sont « amis » avec leurs enfants, voire avec leurs propres parents. Pour concurrencer le géant Facebook, des « petits nouveaux » – d’ailleurs pas forcément si « petit » ni si « nouveau » mais de plus en plus recherchés – s’intéressent de près aux familles et leur proposent des alternatives. L’offre en la matière ne fait que croître : Famicity, HelloTipi, TogetherVille ou FamilyLeaf occupent le créneau. Si Facebook a ouvert la voie aux liens sociaux d’un nouveau genre, mélange d’écran et de « vraie vie », où les étudiants dans un premier temps, suivis des ados… et de leurs parents se sont engouffrés, aujourd’hui, une certaine maturité commence à apparaître dans l’utilisation des réseaux sociaux. Des exigences aussi, de la part des utilisateurs, notamment en matière de confidentialité. Lorsqu’un nouvel utilisateur rejoint Facebook, on peut supposer, et espérer, qu’il passera du temps à paramétrer correctement son compte. A ne pas tout divulguer le concernant. A réfléchir avant de publier des écrits ou des images. Les mises en garde sont de plus en plus fréquentes, les conseils et les analyses aussi. Facebook a souvent défrayé la chronique pour son utilisation obscure des données personnelles. Ses premiers utilisateurs, totalement ignorants des répercussions de la publication des « statuts » auprès de 3000 « amis », ont essuyé les plâtres du réseautage en ligne, pour s’apercevoir que les excès se payaient toujours, et que la mise en ligne de sa vie privée n’allait pas sans poser quelques questions.
Retour en force du « privé »
Sous la pression, Facebook a réagi, a multiplié les options de paramétrage pour permettre aux utilisateurs de « privatiser » leurs mises a jour. Mais la suspicion plane toujours. Heureusement pour lui, la viralité du réseau a un goût très agréable aussi, que les ados, soucieux de s’émanciper de leur famille, et de s’affirmer au travers de leurs nouveaux « amis », apprécient. Si les ados sont de plus en plus nombreux à se tourner vers Twitter afin justement d’échapper à leurs parents qui ont massivement débarqué sur Facebook -ne serait-ce que pour comprendre ce qu’y faisaient leurs enfants-, les familles, en particulier celles avec de jeunes enfants, pas encore forcément en âge d’aller sur Facebook, cherchent des alternatives pour échanger tranquillement, à l’abri des regards, principalement concernant la publication des photos de leurs enfants. L’idée : trouver un endroit sur la Toile où l’on puisse échanger des photos du petit dernier sans se demander si la photo risque de se retrouver sur le mur de parfaits inconnus parce qu’on aura par mégarde oublié de cocher une case dans les paramétrages Facebook. A force de vouloir, souvent à l’insu de ses utilisateurs, faire « partager au plus grand nombre » des données personnelles, et de donner la désagréable impression aux personnes inscrites de ne rien contrôler du voyage numérique d’une photo postée ou d’un commentaire, Facebook a logiquement ouvert la voie à des nouveaux venus qui surfent sur la demande, de plus en plus pressante, de confidentialité. De pouvoir échanger tranquillement. Sans avoir l’impression de vendre une partie de son intimité. Les mots « privé », « confidentiel », voire, soyons fous, « intime », font un retour en force. Les familles, entre autres, en sont très demandeuses. Il y a une dizaine d’année, des précurseurs comme Notre Famille, ou le défunt Populis (qui s’est depuis spécialisé dans la publication de contenus médias), proposaient des outils pour mettre en relation les familles. Mais c’était avant le Web social.
Parler entre soi
Aujourd’hui, commencent à se dessiner les contours d’un univers de liens familiaux à la sauce 2.0 en dehors de Facebook, malgré la mise en place par ce dernier d’options qui permettent d’organiser ses contacts selon les relations, qu’elles soient amicales ou familiales. Ces nouveaux réseaux entièrement dédiés à la famille ont tous pour point commun de vouloir offrir des connexions sécurisées, dans un univers éloigné de celui de Facebook, où chacun retrouverait la maîtrise de ses publications. On est loin de la « course aux amis » typique du Facebook des débuts. Dans ces nouveaux réseaux, tout est privé, restreint, et les membres n’aspirent qu’à des échanges en toute quiétude. On n’est pas là pour construire sa réputation ou élargir le cercle des amis, mais pour parler entre soi. La famille constitue bien entendu une cible de choix pour ces nouveaux venus. Là où les premiers réseaux sociaux promettaient d’accroître la visibilité et de « partager » un maximum de choses avec un maximum de personnes, les réseaux familiaux promettent d’échapper aux moteurs de recherche. Yaaka, qui ne cible pas spécifiquement les familles mais pourrait les intéresser par son côté « privé » clairement revendiqué, a même pour baseline dans sa version mobile « consommer avec modération ». Impensable chez Facebook, qui a construit son modèle autour, justement, d’une utilisation permanente.
Petit bain pour mieux plonger dans le grand bain
Il était donc logique que Parents 3.0 s’intéresse à ces réseaux. Pour les jeunes enfants, ils peuvent constituer une initiation intéressante, sorte de « petit bain », avant une plongée dans le « grand bain » Facebook.
Nous avons porté notre choix sur Famicity. Il est en français, et il se présente comme « le premier réseau social inter-génération ». Il est ouvert aux enfants, y compris à ceux qui ont moins de 13 ans, ce qui en fait un réseau à part. Ici, pas de bridage lié à l’âge, tout le monde est bienvenu : le réseau fonctionne en mode « privé », et protège donc ses membres d’intrusions extérieures. Il permet aux familles d’échanger à l’abri des regards. Les deux fondateurs mettent en avant une charte de confidentialité des données personnelles, qui aurait pu s’intituler « charte anti-Facebook » puisqu’elle promet de ne pas exploiter des données personnelles à des fins commerciales, de ne pas rendre visibles les données, de ne pas indexer les contenus personnels auprès des moteurs de recherche… Ici, pas de bleu Facebook ou de rouge Path, mais un vert apaisant, promesse d’oxygène. Les fonctionnalités proposées sont classiques : partage de photos, de vidéos, chat, journal, etc. avec un « plus » : la possibilité de créer très facilement un arbre généalogique, notamment avec les membres de son réseau qui en font partie. Intéressant pour les enfants, qui peuvent voir ainsi plus facilement les liens, et leurs racines. Ils ne sont pas perdus au milieu d’un grand réseau, mais sont membres d’un premier réseau, leur famille. Les paramétrages sont assez simples : les posts publiés s’adressent à « mes amis », « ma famille », « ma belle-famille », avec possibilité également de créer des groupes spécifiques. Les réglages généraux obéissent à la même règle. L’option « supprimer mon compte » est visible, pas besoin de chercher dans les tréfonds des « options de paramétrage » pour la trouver. Si vous avez une grande famille, éparpillée, ce type de réseau, simple d’accès et de paramétrage, sera utile. Pour les enfants, cela leur permettra de s’initier aux joies du Web social dans un environnement sécurisé. C’est en cela que Famicity est intéressant : il permet aux parents d’apprendre aux jeunes enfants les rudiments de la socialisation en ligne, et de réfléchir à ce que l’on peut publier, et à qui. Mais ne nous leurrons pas : pour le moment, même si l’effet « nouveauté » commence à s’estomper, et si la présence des parents le rend moins attractif, Facebook reste un puissant aimant pour les ados… qui ont, justement, besoin de s’affranchir de leur famille.

