C’est LA petite annonce de la semaine, celle qui a assuré le buzz et a été massivement relayée sur les réseaux sociaux (et on peut donc considérer que c’est un signe de consécration) : une mère au foyer à la recherche d’un travail a mis en avant, dans sa recherche d’emploi, les qualités qu’elle a développées en devenant… mère au foyer. Futée, cette dernière vante ses capacités d’organisation, sa ponctualité, son dynamisme, vertus effectivement indispensables à celles (et ceux) qui élèvent des enfants, au foyer ou pas d’ailleurs. Et, oui, je trouve que son annonce est bien vue parce qu’elle vise juste : devenir parent, c’est aussi devenir manager malgré soi. Élever une tribu, c’est être à la fois gestionnaire, diplomate, négociateur, si possible fin psychologue… et surtout, une qualité dont on parle peu mais qui pourtant fait toute la différence : être co-hé-rent. Un faux pas, et les enfants ne vous ratent pas. Une entorse à une règle parce que ça vous arrangeait une fois (au hasard : autoriser la Wii un soir de semaine pour préparer le dîner tranquille), et c’est la fin de la quiétude à la maison : “Mais maman, pourquoi tu veux pas ce soir et que t’as bien voulu l’autre soir ?”. Essayez de répondre : “parce que ça m’arrangeait la dernière fois” et vous verrez le résultat. Donc, oui, un parent développe malgré lui une âme de manager, à la fois ferme, patient et, donc, co-hé-rent dans les règles qu’il édicte. Qui ne doit certes pas avoir peur du conflit, mais qui doit surtout savoir l’éviter, afin de maintenir l’harmonie familiale, tout cela en restant… co-hé-rent. Enfin, vous voyez ce que je veux dire.
Or, je ne crois pas que Mark Zuckerberg soit très cohérent ces temps-ci.
Je m’explique. Je comprends sa priorité de manager : faire de son entreprise une entreprise rentable. Cela me paraît même tout à fait légitime et souhaitable. Mais tenter d’imposer des nouvelles règles en contradiction avec celles déjà en place, c’est totalement contre-productif. Je ne parle pas des paramètres de confidentialité : les revirements successifs font finalement partie de l’esprit Facebook, ce qui nous a appris à être vigilants, et à verrouiller ce que l’on voulait publier, à qui. Ces changements constants étaient acceptables parce que finalement Facebook nous y a habitués dès le début, et que les membres de Facebook se sont adaptés, et ont appris, de manière empirique, à se protéger. Le résultat est là : les profils d’ados sont désormais pour la plupart verrouillés, et les “petits nouveaux” qui s’inscrivent sur le réseau le font en connaissance de cause, c’est-à-dire avec une certaine méfiance (du moins on l’espère). Les parents ont été sensibilisés au problème, et ont fait aussi de leur côté des progrès…
Ce ne sont donc pas ces problèmes de confidentialité qui me font dire que Mark Zuckerberg n’est pas cohérent, mais l’introduction de nouvelles “règles” de visibilité pour les pages Facebook, et l’apparition sur nos Timelines de statuts de plus en plus sponsorisés, du style “Untel a liké telle page qui pourrait vous intéresser”. Sur le principe de sérendipité, je ne trouve pas inintéressant de savoir que untel a liké telle page qui pourrait aussi m’intéresser. J’aime faire des découvertes, avoir des surprises qui m’ouvrent d’autres univers que le mien. Mais désormais, quand je me connecte sur Facebook, j’ai la très désagréable impression que la sérendipité n’a plus grand chose à faire dans ma Timeline, et que le contenu est dicté par des impératifs qui échappent à mes goûts et à mon contrôle. “On” m’impose le contenu d’une marque dont je me contrefiche, et “on” me prive peut-être de la mise à jour d’une page qui m’intéresse. Et ça, Mark, ça ne se fait pas. Ça n’est pas… co-hé-rent, de la part d’un réseau qui se présente toujours comme celui qui nous “relie à nos amis”.
L’irruption massive de certaines pages de marques et la disparition de certaines autres, si elles font partie de la nouvelle stratégie marketing de Facebook vers plus “d’engagement”, ne fait pas partie des règles de départ. C’est une erreur que tu n’aurais peut-être pas commise, cher Mark, si tu avais été père de famille. Je me permets de te tutoyer puisque c’est la règle sur les réseaux sociaux.
Quel que soit le cadre que l’on fixe au départ, il faut s’y tenir cher Mark. C’est le B.A.-BA. On peut évidemment le faire évoluer, voire même il faut le faire évoluer, c’est la vie, mais en restant cohérent (au cas où tu n’aies pas capté le mot…) Nous savons tous que tu as besoin de gagner de l’argent. Il était entendu que cet argent venait de la revente de nos données personnelles aux marques. Là dessus, même si la facilité avec laquelle nous avons bradé ces fameuses données ne cesse de m’étonner, nous étions d’accord, c’était tacite. On se sert de ton réseau pour créer des liens, et toi tu nous affiches des pubs en fonction de nos centres d’intérêt. Normal, ça fait partie du jeu dès le départ. Ce qui est moins normal, c’est que tu confondes désormais nos timelines avec un espace de promotion pur et dur, où un statut “d’ami” sera forcément assorti d’un like sur une page quelconque, sans lien évident avec nos “centres d’intérêt”. Et que petit à petit, seules les pages qui auront payé auront le “droit” d’apparaître dans notre flux, le transformant, in fine, en une newsletter fade et sans goût.
Je comprends bien qu’être à la tête du troisième pays de la planète en nombre d’habitants, alors qu’il y a huit ans, tu étais encore étudiant sur le campus de Harvard, ne soit pas de la tarte tous les jours. Mais tout aurait été plus simple si, dès le départ, tu nous avais dit : “OK guys, je vous file un outil tip top pour vous exprimer, mais en échange, vous me filez un peu de sous, normal, quoi, faut bien participer aux frais”, ça aurait été plus clair, et chacun aurait agi en fonction de cette règle. Mais là, Mark, ça devient très confus… Sans compter que tu n’es plus tout seul. Je ne voudrais pas casser l’ambiance, mais je suppose que tu as déjà entendu parler de Google+, Quora, qui dorment un peu pour le moment mais qui pourraient se réveiller… sans parler des petits nouveaux fondés sur l’image comme Pinterest, Younow ou l’étonnant Lightt. Et si tu étais père de famille, tu saurais, cher Mark, à quel point les enfants, comme les internautes, sont des ingrats.


Bonjour Laurence,
Bonjour à tous,
Merci pour ce billet d’une totale cohérence malgré l’apparent grand écart des sujets abordés.
J’adhère pleinement à ce raisonnement sans avoir jusque là mis de mots sur cette frustration que je ressentais lors de mes récentes connections sur Facebook (c’est encore pire sur un mobile, impossible que le regard passe outre).
Allez, bien qu’internaute (et ingrat donc), je m’empresse de partager cet article :-)
A bientôt,
Gaétan
Merci ! :- )
Je partage le même constat,
Pour ce qui concerne le contrôle de ce que l’on publie et à qui, c’est trop sioux pour moi (et j’en connais beaucoup qui font le même constat) du coup, je ne publie rien sur mes enfants.
Sinon, concernant les autres solutions, il y a aussi le français eCrocus. Je le découvre et il est sympa.
Vous mettez le doigt sur une vraie frustration. D’ailleurs, c’est aussi comme çà avec Twitter.
Je trouve ça pour le moment moins gênant et moins flagrant sur Twitter. Les deux medias/réseaux ont chacun leurs particularités ;- )