Quand mes enfants y sont, je ne suis pas tranquille. Je les surveille toujours de très près. Je fais en sorte que leurs yeux ne croisent pas toutes ces images choquantes qui les entourent, mais ça n’est pas facile.
Depuis le temps qu’ils y vont, ils ont leurs habitudes et connaissent le site par cœur. Ils se dirigent directement vers le contenu qui leur est réservé, mais je ne suis jamais rassurée. Pour le moment, je pense avoir évité le pire, mais je reste sur mes gardes. Je sais qu’un jour, cela arrivera. Un jour, leur regard croisera une image violente, non adaptée à leur âge. C’est inévitable. Je m’y prépare. À chaque fois, j’ai l’impression d’être sur un fil ; il suffit d’un coup d’œil perdu à droite ou à gauche pour que le choc que je redoute se produise. Et maintenant que les deux tiers de mes petits zèbres savent lire, je suis encore moins rassurée : les contenus choquants, ce sont aussi les mots qu’ils peuvent être amenés à lire. Et ça ne manque pas. Moi-même il m’arrive d’être choquée par ce que mes yeux voient dès l’accueil. C’est vous dire le côté anxiogène de l’endroit.
Aujourd’hui par exemple, j’ai été soulagée que mes enfants ne soient pas avec moi, comme ils aiment le faire ordinairement quand ils savent que j’y vais : j’ai lu en arrivant « La petite fille est sortie en hurlant dans la rue : « Chez moi, il y a des morts partout ! » », le tout écrit en lettres capitales, histoire de ne rien rater du caractère dramatique de l’affaire, et accompagné de la photo d’une fillette de l’âge de mes enfants. Et même si j’avais voulu l’éviter, ça n’était pas possible : l’affiche était placardée sur la porte, bien visible, à hauteur d’enfant. Si j’avais été sur Internet, j’aurais cliqué pour faire disparaître ce contenu choquant. Je crois surtout que je n’aurais jamais croisé son chemin puisque sur Internet, je peux agir sur les liens que je croise. J’ai le choix. Mais pas chez mon marchand de journaux.
Ah oui, parce que tout ce je vous raconte là, c’est chez mon marchand de journaux que ça se passe. Pas sur les écrans. Pas dans le virtuel. C’est du concret, du quotidien. Mes enfants viennent effectivement souvent avec moi pour acheter la presse. Et la presse, c’est le reflet de la vie : il y a des rayons « adultes » –certes en hauteur–, mais je crois que le contenu le plus choquant pour des enfants ne vient pas forcément des images, mais des mots. À ce jeu-là, le Nouveau Détective bat des records de vulgarité et d’angoisse gratuite dans l’exploitation surdimensionnée de faits divers sordides, et il est très bien positionné chez mon marchand de journaux… Je ne vais pas pour autant demander à mon marchand de journaux de supprimer ce torchon de ses rayons. Mais je vais apprendre à mes enfants à « faire avec », et à décrypter ce genre de contenu pour le dédramatiser et lui accorder la place qu’il mérite, c’est-à-dire la poubelle. Bon, voilà, j’ai l’air d’en faire un plat, mais en fait, pas vraiment. J’ai simplement voulu dire que le « danger », tellement inhérent à notre époque aseptisée qui s’alarme de tout et de rien, n’est pas forcément là où on croit, et qu’au final, je me sens –presque– plus tranquille quand mes enfants sont devant un écran que chez le marchand de journaux.



C’est un problème qui pourrait être minimiser en passant, par exemple, à la presse tout numérique… Il y a des applications déjà pas mal foutu pour ça, type Relay ou LeKiosque
C’est tellement vrai ! Mais ça ne se limite pas à l’intérieur du magasin. On n’a pas besoin d’entrer pour voir ces Unes hyper trash et souvent totalement tirées par les cheveux. Les affichettes sont bien installées dehors pour attraper le voyeur et le faire entrer. C’est vraiment gerbant.
@jartagnan : Mais je l’aime bien, mon marchand de journaux
Et mes enfants aussi aiment bien y aller, de même qu’ils aiment bien les écrans, et je ne veux les priver ni de l’un ni de l’autre ! J’ai juste voulu dire que les « dangers du Net » sont aussi transposables dans le monde réel
Mais je suis résolument d’une nature optimiste, et j’ai suffisamment confiance en mes enfants (et dans leur éducation
pour qu’ils grandissent en apprenant à faire la part des choses.
Hmmm, pas de contrôle parental de ce côté là…
@Marie-Adélaïde : ma parade, c’est d’attirer leur attention ailleurs
@vermicelle34 : oui, gerbant.
donc il ne faut rien dire. juste mettre en une des magazines la dernière photo de la pub prada ou l’interview d’une actrice qui vend son film pour un jour devenir mannequin chez prada ? comme ça vos enfants vivront dans un monde où le crime n’existera plus. la famille d’à côté ? assassinée. mais on s’en fout, on en parle pas dans les journaux, il y a la jolie pub prada.