Mes kids aiment la Wii. Moi aussii. Les plus grosses parties de riigolade ? Avec les mii… cette possibilité pour les enfants (et les grands !) de se créer des avatars, et de découvrir leurs évolutions derrière un écran. Apprentissage du corps, apprentissage de la distanciation entre l’écran et le reste du monde, entre « mii » et « moi ». Apprentissage, aussi, de la lecture des émotions sur le visage de l’autre, avec toute la palette de regards, de sourires ou grimaces à leur disposition pour composer un avatar qui leur plaise, les amuse, leur fait un peu peur aussi, « pour voir ». Ils se sont (vraiment) beaucoup amusés à me créer le mien, de mii. Je suis passée par toutes les couleurs, par toutes les expressions, grosse discussion pour savoir de quelle couleur devaient être mes cheveux, mes habits, si je devais sourire, avoir l’air sévère, pincé, si je devais avoir un gros nez, pas de nez, bref, l’occasion de faire descendre la maman de son piedestal deux minutes et de lui renvoyer une image décalée d’elle-même. On a bien rii. On a le mii joyeux chez les 3.0.
Et puis l’autre jour, ils avaient un copain à la maison. Pluiie, wii, je dis ouii. Hop, aussitôt diit, aussitôt mii : le copain se crée son avatar. Il prend beaucoup de soin à choisir parmi tous les éléments à sa disposition, et se crée avec application et sérieux son mii à luii, le plus ressemblant possible, auquel il donne d’ailleurs son prénom, et non pas un pseudo. Mes zèbres, un peu taquins par nature, lui refont gentiment le portrait virtuel, changeant de ci de là une couleur de cheveux ou un regard. Et là, c’est le drame : le copain fond en larmes. Entre deux sanglots, on distingue nettement un « Touchez pas à mon mii ! », équivalent Nintendo d’un « je m’aime comme je suis ! ». Les zèbres, un peu étonnés par la réaction du copain, lui redonnent fissa figure wiiesque, et tentent de lui expliquer que c’est pas grave, que c’est qu’un jeu. Le copain, choqué : « Mais non, c’est à moi ! ». Un petit « à » pour tenter de mettre de la distance, mais un petit « à » d’appropriation. Être et avoir, jouer et travailler, connecter et déconnecter, la conjugaison des écrans et des égos reste un apprentissage permanent…

