Twitter en classe : interview de Jean-Roch Masson, instituteur qui fait tweeter ses CP

 

Mes enfants sont très intéressés par Twitter, même s’ils ne comprennent pas (encore) tout… J’ai donc eu envie d’en savoir plus sur l’initiative prise par Jean-Roch Masson, instituteur qui expérimente l’utilisation de Twitter dans sa classe de CP.

 

Comment vous est venue l’idée de tweeter en classe ?

Le projet a eu plusieurs origines. Étant moi-même, depuis 2007, un utilisateur occasionnel de Twitter, j’avais imaginé un système de messages courts pour diffuser les « petites activités » des classes de l’école sur notre site Internet, activités qui n’attendaient pas un article complet de blog. J’avais ainsi développé un « micro-blog » sur lequel les enseignants pouvaient diffuser un contenu court. Je voulais cependant aller plus loin et intégrer les enfants dans la création des messages courts, histoire de les faire produire de l’écrit dans un but concret. Le format de Twitter m’apparaissait idéal pour des CP : accessible pour tous les élèves (140 caractères, ça n’est pas trop long), réactif (pour la motivation, c’est important d’avoir un retour sur les écrits), et associé aux nouvelles technologies. C’est grâce à l’exemple de 2 collègues, l’une en Terminale, l’autre en CM2 dans le Jura, que je me suis lancé à mon tour avec des CP. Et je ne regrette rien, le projet porte les enfants dans leur utilisation de la langue française !

Concrètement, comment se passe une session ? Quelle est la fréquence ?

Il y a une utilisation de Twitter réfléchie en classe, et une utilisation qui laisse la part ouverte à l’inconnu, et donc aux découvertes inattendues ! L’utilisation régulière, c’est la prise en main de l’écriture d’un tweet quotidien par plusieurs « journalistes », c’est-à-dire des enfants qui prennent en charge la création du tweet, sa copie sur un « Google Doc » après correction orthographique de ma part, et l’envoi sur un ordinateur via un logiciel connecté à Twitter. D’autres exercices d’écriture sont imposés à tous les élèves, et les tweets sont rédigés progressivement dans les semaines qui suivent (exemple : « écrire une phrase qui montre, pour moi, ce qu’est le bonheur »). Tout le reste n’est que découvertes et inconnu, y compris pour moi, mon but étant de les ouvrir au monde et de les faire lire. Ainsi des abonnés nous envoient-ils parfois des photos mystères sur la particularité d’une région, sur un outil inconnu, ou bien nous posent-ils des devinettes.
De plus, j’ai la chance d’avoir quelques collègues qui utilisent Twitter en classe et qui jouent le jeu de l’échange : énigmes mathématiques, jeux de vocabulaire, partie d’échec en ligne via Twitter… L’outil est un prétexte ludique à tout apprentissage !
La particularité de Twitter, c’est qu’on n’attend pas une réponse immédiate, et son utilisation est donc très diverse d’une journée à l’autre, selon les interactions des abonnés et selon les demandes des enfants (si un élève est pris d’une envie subite d’écrire un tweet, je refuse rarement). Dans la mesure du possible, je leur laisse entière responsabilité dans la création, de l’écriture à la recopie et à l’envoi sur l’ordinateur, mais parfois, lorsque le temps presse, ou qu’une réponse rapide doit être donnée, j’envoie moi-même le tweet sous la dictée des enfants.

Comment les élèves réagissent-ils ?

Comme toute situation innovante, les enfants se sont investis dans l’utilisation de Twitter avec plaisir. Très rapidement, ils ont maîtrisé l’outil (bien plus vite que les adultes), et j’ai accompagné leurs découvertes d’une éducation aux médias en rédigeant avec eux un « code de Twitter », qui, à l’image du code de la route, nous donne les éléments d’une utilisation saine et sécurisée de l’outil. En termes de production d’écrit, la motivation de l’utilisation de Twitter fonctionne pleinement. J’exerce depuis 10 ans en CP, et c’est la première année que tant d’élèves veulent écrire : ils mettent du sens, savent qu’il y aura des lecteurs, et donc y voient, je pense, une certaine reconnaissance de leur travail, autre que l’unique évaluation de l’enseignant. J’ai par exemple une élève qui a du mal à entrer en lecture mais qui persiste à vouloir écrire, et qui y arrive ! Et quelle fierté pour un élève lorsque son message est retweeté, parfois à des milliers de lecteurs ! Ce qui m’a le plus frappé, c’est que Twitter m’a permis d’emmener la classe en dehors des murs de l’école : des enfants se sont en effet créé un compte personnel à la maison, avec l’aide et le regard de leurs parents, et c’est un prétexte pour écrire sans que ce soit un « devoir » demandé par l’école. Lorsque je lis ces élèves qui ont l’envie d’écrire, je me dis que j’ai fait la part la plus importante de mon métier !

Comment les parents réagissent-ils ?

À mon grand étonnement, je n’ai pas eu de réaction franchement négative. Au pire, certains parents se sont avoué dépassés (impossibilité de se connecter, difficulté avec la maîtrise de l’outil…), et s’interrogent sur les limites et les risques de l’outil. Lors d’une réunion de parents pour l’occasion, j’ai présenté mes objectifs, l’utilisation faite en classe, et l’utilisation possible à la maison. Certains prenaient des notes, et le soir même, j’avais encore quelques nouveaux élèves connectés sur Twitter à titre personnel.
Depuis la mise en place de « Twitter en classe », les parents apprennent à utiliser l’outil, à l’aide de leur enfant. La majorité des parents interrogés partent du constat que les enfants utilisent déjà, ou utiliseront Internet, et notamment les réseaux sociaux. Ils soulignent donc l’importance de les éduquer à ces médias et à leur usage dès le plus jeune âge. J’insiste bien sûr sur le fait qu’il s’agit d’une expérience réfléchie, et encadrée par des adultes (le maître à l’école, les parents à la maison). En aucun cas il ne s’agit de laisser des enfants face à un monde virtuel trop rapide pour eux ou dont les thèmes ne seraient pas adaptés.
Espérons que cette expérience précoce leur donnera les billes nécessaires pour utiliser de façon positive les outils de communication proposés sur Internet, en les incitant à laisser une trace numérique positive !

Pour prolonger la réflexion, le blog de Jean-Roch : http://jejoueenclasse.free.fr/elucubrations/

Un reportage sur la classe de CP :

Le compte Twitter de la classe : http://twitter.com/classe_masson

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